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![]() Erwin J. Bowien (1899 - 1972) Das schöne Spiel zwischen Geist und Welt |
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Texte über Erwin Bowien C'est à la demande de Bettina Heinen-Ayech que j'ai rédigé le court article suivant sur la façon dont j'ai réagi au texte de Bowien (Heures perdues du Matin, Journal d'un artiste peintre) en travaillant à son édition. Lorsque j'ai entrepris de travailler pour l'édition du Journal d'Erwin Bowien, ma première motivation tenait à l'intérêt historique du texte ; je mesurais ma chance d'avoir entre les mains un témoignage direct, écrit en français, sur le vécu de la population allemande dans la dernière année de la guerre mondiale. En France, et sauf chez les spécialistes, nous n'avons encore qu'une idée très pauvre de cette histoire ; par exemple, les manuels d'histoire des lycéens n'en parlent jamais. Ainsi, que l'autre -ici, c'est " l'Allemand "- soit un être moral, conscient et agissant en tant que tel, un être souffrant aussi de la guerre, un humain en un mot, est un fait qui échappe à la représentation qu'on rencontre couramment ; on s'accommode fort bien de la déshumanisation de cet autre. En travaillant au texte de Bowien, je suis entré dans un processus de renversement de ce genre de représentation ; j'ai toujours eu présent à l'esprit que j'y contribuais par mon effort, si modeste fût-il. Pour être juste, il me faut reconnaître que j'ai considérablement enrichi ma connaissance de cette histoire des Allemands au contact du Journal. Par rapport à ce que j'en savais, il y a la même différence qu'entre ce que nous connaissons d'une ville en regardant une photographie et ce que nous découvrons d'elle en nous promenant dans ses rues, ses places, ses cafés, ses lieux de culture J'ai profondément pris plaisir à goûter à la saveur du Journal, à la vie qui l'habite. Pour aussi élevée que soit la pensée de Bowien, elle n'est jamais abstraite et jamais gratuitement théorique. Un constat de situation, la description d'un comportement, le compte-rendu d'un échange entre des personnes, sont toujours au point de départ d'une réflexion ou d'une question posée. En travaillant au Journal, mon intérêt s'est enrichi d'un autre côté : au fur et à mesure de ma découverte de la société de Kreusthal-Eisenbach, en 1944-1945, dans le tableau animé brossé par Bowien, c'est lui que je rencontrais : un homme qui me ressemblait, me parlait en confidence, comme un ami ; il m'entretenait de sujets qui l'occupaient et le préoccupaient comme ils le font pour moi-même : la communication avec les autres, la relation amicale, amoureuse, le mensonge, l'hypocrisie, le courage, la nécessité de la prudence, la relation entre l'éthique, le religieux, le politique, et bien d'autres choses encore. Plus d'une fois, Bowien, dans son exil intérieur, m'a fait penser à Montaigne dans sa tour. A ce titre, ce que je prenais au départ comme un simple témoignage m'est vite apparu comme une méditation à partir du spectacle du monde. On n'entre pas par un tel travail dans l'intimité
d'un écrivain sans vouloir en savoir plus sur lui. Je me suis mis
à rassembler des documents et des informations en questionnant
Bettina et Haroun sur la vie de Bowien. J'ai aussi cherché cartes
et livres me permettant de me faire une idée plus concrète
de l'environnement géographique et humain de l'Allgäu, son
refuge bavarois. C'est ainsi que j'ai trouvé quelques pages du
Voyage en Italie de Montaigne se rapportant au séjour qu'il fit
à Kempten ; on voit dans ce livre comment Montaigne intègre
la diversité de l'humanité dans la conception qu'il se fait
de celle-ci. Je me suis dit qu'il n'aurait pas déplu à notre
ami de se trouver ainsi rapproché d'un esprit à la sensibilité
si comparable à la sienne. |
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